Cahier du RETEX : 50 ans d’OPEX en Afrique (1964-2014)

Retrouvez, en exclusivité sur Ondes de choc, mon étude pour le Centre de Doctrine d’Emploi des Forces portant sur les interventions françaises en Afrique, qui vient d’être publié dans la collection «recherche» des Cahier du RETEX. Cette étude a été réalisée conjointement avec le Capitaine Nicolas REY, et sous la direction de Madame Julie d’ANDURAIN, chef du Bureau Recherche et du Colonel Ghislain HUYGHUES-DESPOINTES, Chef du Bureau Enseignements des Opérations. Je les remercie tous vivement pour leur aide, ainsi que le Colonel Michel Goya pour ses remarques.

Durant les cinquante dernières années, de 1964 à 2014, la France s’est engagée de multiples façons en Afrique. Elle est intervenue soit au titre des accords de défense signés lors de l’accession à l’indépendance des ex-colonies françaises, soit pour appuyer un chef d’État africain en butte à une déstabilisation interne, pour évacuer des ressortissants français ou plus récemment dans le cadre d’un mandat de l’ONU.

Perçues et critiquées parfois comme l’expression d’une simple défense de l’ancien « pré carré », ces opérations extérieures (OPEX) sont en réalité bien plus complexes. Participant certes au rayonnement de la France dans le monde, elles témoignent parfaitement de la qualité des liens qui unissent la France et l’Afrique, au point de transcender très largement aujourd’hui l’histoire de la colonisation. La multiplication des OPEX réalisées à la demande des États africains ou sous mandat de l’ONU ou de l’Union européenne atteste d’une compétence française spécifique en matière d’intervention extérieure.

Témoignant des évolutions mondiales et des reconfigurations politiques existant entre l’ancienne puissance métropolitaine et les pays africains, ces opérations ont connu une telle diversification au cours de ces dernières années qu’il semble aujourd’hui nécessaire d’établir un bilan, d’en dresser une typologie afin de mieux comprendre le cadre politique et militaire de l’intervention française en Afrique, de les restituer dans une dimension chronologique afin de repenser, si nécessaire, le cadre doctrinal des missions militaires françaises à l’étranger.

Esquisse de l’engagement militaire français sur le continent africain

La deuxième moitié du XXe siècle voit la totalité des pays africains accéder à l’indépendance. Si quelques pays l’obtiennent dès la décennie 1950 comme le Maroc et la Tunisie ou la Guinée, la majeure partie de l’Afrique est décolonisée au cours des années 1960. Le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, le Tchad, le Gabon, la Côte d’Ivoire, Madagascar, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal et le Togo quittent l’Union française en 1960 ; les Comores et Djibouti accèdent à l’indépendance respectivement en 1975 et 1977.

Cette séparation d’avec une France qui avait été depuis la fin du XIXe siècle la tutrice coloniale entraîne une modification profonde des rapports, particulièrement politiques et militaires. Avec la souveraineté politique apparaît la notion d’indépendance militaire. Les nouveaux pays créent ainsi leurs armées, en empruntant souvent leur modèle – mais pas exclusivement – à l’ancienne tutelle européenne.

Ces nouveaux États suivent d’autant plus aisément le modèle français que ces accessions à l’indépendance s’accompagnent, dans le cadre de la Guerre froide, d’accords de défense ou de coopération militaire qui permettent de conserver des relations privilégiées. Initialement ces accords ont pour vocation de protéger les jeunes États le temps qu’ils constituent un outil de défense nationale. Ils portent tout à la fois sur la formation de l’encadrement militaire et sur l’assurance d’un soutien logistique en cas de conflit.

L’heure des indépendances passée, certains États se trouvent démunis face à des conflits armés qui nécessitent de disposer de troupes entraînées, aguerries et d’un matériel de qualité. Certains se tournent vers la France et lui demandent d’intervenir pour soutenir les armées locales dans des conflits internes ou interétatiques, pour garantir la stabilité régionale. Il arrive aussi que la France intervienne pour protéger et évacuer ses ressortissants.

C’est dans ce contexte que la France entreprend de mener des opérations extérieures. Entre le début des années 1960 et aujourd’hui, l’armée de terre française déploie des troupes en Afrique de l’ouest, en Afrique centrale et dans la Corne de l’Afrique à travers plus d’une cinquantaine d’opérations. À partir de 1977, on prend l’habitude de les identifier par un nom de baptême (Verveine, Lamantin, etc.) tandis qu’au début des années 2000, le terme OPEX s’impose pour désigner les opérations extérieures. Cette désignation est très précise dans la mesure où un arrêté ministériel donne cette qualification à une opération militaire. Dans les faits, de très nombreuses missions extérieures ressemblent à des OPEX sans être stricto sensu des opérations extérieures.

Si, depuis la première opération au Gabon en février 1964 jusqu’aux opérations récentes, la France a projeté ses hommes en Afrique, ses missions se sont complexifiées au fil des ans. Aujourd’hui, il apparaît utile de faire le point sur la nature précise de ces OPEX afin de les classer par catégories. Au-delà de la différence entre les opérations où l’ennemi est connu et déclaré et celles où il s’agit essentiellement de maintenir la paix et de protéger des vies, les opérations extérieures se subdivisent en plusieurs types de missions : missions d’interposition, de sécurisation, d’évacuation de ressortissants, missions humanitaires, d’intervention, d’appui, de contre-insurrection.

Reflet des évolutions de la présence française en Afrique mais aussi de la capacité de l’armée de terre à s’adapter aux besoins, la diversité des missions justifie aujourd’hui une analyse typologique. En plus de permettre de dresser une esquisse globale de l’engagement militaire français sur le continent africain, la classification proposée ici rend compte très clairement des transformations profondes des OPEX françaises qui ont glissé progressivement d’un cadre bilatéral France-Afrique vers des opérations multinationales sous le mandat des Nations unies ou de l’Union européenne. Écartant de l’étude les dispositifs contre la piraterie comme Atalante en Mer Rouge ou la mission de présence Corymbe dans le Golfe de Guinée qui relèvent de la Marine, la présente analyse s’en tient aux seules missions de l’armée de terre française[1].

Vous pouvez télécharger le Cahier à l’adresse suivante : Valentin GERMAIN et Nicolas REY, 50 ans d’OPEX en Afrique, Cahier du RETEX, CDEF/DREX, 2015


Classement typologique des OPEX selon une perspective chronologique (1964-2014)
Date Pays OPEX Type
19 février 1964 Gabon Intervention
mars 1969 – septembre 1972 Tchad Contre-insurrection
6 – 16 avril 1977 Zaïre Verveine Appui
décembre 1977 – juillet 1978 Mauritanie Lamantin Contre-insurrection
février 1978 – mai 1980 Tchad Tacaud Intervention
19 mai – 15 juin 1978 Zaïre Bonite Intervention
septembre 1979 – juin 1981 Centrafrique Barracuda Intervention
9 août 1983 – 11 novembre 1984 Tchad Manta Appui
16 février 1986 – aujourd’hui Tchad Epervier Appui
septembre 1986 Togo Intervention
7 décembre – 16 décembre 1989 Comores Oside Intervention
mai – juillet 1990 Gabon Requin Evacuation de ressortissants
4 octobre 1990 – 13 décembre 1993 Rwanda Noroît Appui
janvier 1991 Somalie Bérénice Evacuation de ressortissants
26 mai – 29 juin 1991 Djibouti Godoria Humanitaire
septembre – octobre 1991 Zaïre Baumier Evacuation de ressortissants
28 novembre 1991 – 14 février 1992 Togo – Bénin Verdier Interposition
février 1992 – juin 1999 Djibouti Iskoutir Interposition
1 – 5 novembre 1992 Angola Addax Evacuation de ressortissants
14 mars – 2 avril 1992 Centrafrique Bioforce Humanitaire
décembre 1992 – décembre 1993 Somalie Oryx – Onusom I/II Sécurisation
28 janvier – 14 février 1993 Zaïre Bajoyer Evacuation de ressortissants
9 – 11 février 1993 Rwanda Volcan Evacuation de ressortissants
février 1994 – 31 mai 2008 Cameroun Balata – Aramis Appui
9 – 14 avril 1994 Rwanda Amaryllis Evacuation de ressortissants
22 juin – 22 août 1994 Rwanda Turquoise Interposition
octobre 1994 – décembre 1995 Tchad – Niger Croix du Sud I/II Sécurisation
22 novembre – 9 décembre 1994 Guinée-Bissau Caducée Humanitaire
29 septembre – 11 octobre 1995 Comores Azalée Intervention
novembre 1996 – février 1997 Congo Malebo Evacuation de ressortissants
18 avril 1996 – 19 juin 1997 Centrafrique Almandin I/II Interposition
janvier 1997 – avril 1998 Centrafrique Bubale Sécurisation
mars – juin 1997 Congo Pélican I/II/III Evacuation de ressortissants
20 juin 1997 – 15 avril 1998 Centrafrique Almandin III Sécurisation
octobre – novembre 1997 Congo Antilope Evacuation de ressortissants
15 avril 1998 – 28 février 1999 Centrafrique Minurca Sécurisation
juin 1998 – juin 1999 Guinée-Bissau Iroko Evacuation de ressortissants
janvier 1999 – juillet 2000 Djibouti Khor Angar Interposition
août – octobre 1998 République démocratique du Congo Malachite Evacuation de ressortissants
25 – 31 décembre 1999 Côte d’Ivoire Khaya Interposition
12 mai – 12 décembre 2001 Ethiopie – Erythrée Minuée Sécurisation
19 septembre 2002 – 21 janvier 2015 Côte d’Ivoire Licorne Interposition
octobre 2002 – décembre 2013 Centrafrique Boali Appui
16 mai – 6 septembre 2003 République démocratique du Congo Artemis – Mamba Sécurisation
7 – 11 juin 2003 Libéria Providence Evacuation de ressortissants
31 juillet – 11 septembre 2004 Tchad Dorca Sécurisation
octobre 2004 – aujourd’hui Côte d’Ivoire Onuci Sécurisation
juin – décembre 2006 République démocratique du Congo Eufor RDC Sécurisation
28 janvier 2008 – 15 mars 2009 Tchad – Centrafrique Eufor Tchad-RCA Sécurisation
1er – 8 février 2008 Tchad Chari-Baguirmi Evacuation de ressortissants
11 janvier 2013 – août 2014 Mali Serval Contre-insurrection
Copyright : Valentin Germain © CDEF 2015

[1] Certaines opérations françaises en Afrique ne figurent pas dans la présente étude en raison de l’état lacunaire du retour d’expérience.

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