Élections au Maroc : le parti islamiste consolide son emprise

Le parti islamiste au pouvoir de la Justice et du développement (PJD ou Hizb al-‘adala wa al-tanmia) est sorti grand gagnant des élections régionales et communales du 4 septembre 2015, en enregistrant le meilleur score dans les conseils régionaux et en arrivant en troisième position aux communales.

Avec 25,6% des votes dans les conseils régionaux (174 sièges), le PJD est en effet premier dans cinq des douze régions du Maroc, notamment dans celles de la capitale Rabat, de la capitale économique Casablanca ou de la « capitale spirituelle » Fès. Le Parti Authenticité et Modernité (PAM, considéré proche du roi) est second avec 132 sièges (19,4%). En troisième position se classe le parti de l’Istiqlal (soit le « parti de l’indépendance », artisan de l’Indépendance du Maroc sous le protectorat français) avec 119 sièges (17,5%).

Au scrutin communal, le PAM prend la tête avec 21,12% des votes (6 655 sièges), suivi de l’Istiqlal avec 16,22% (5 106). Quant au PJD, il enregistre un score de 15,94% avec 5 021 sièges. Ce double scrutin est marqué par un taux de participation de 53,6%, soit un peu mieux qu’aux dernières élections communales et régionales en 2009 (52,4%).

Ces élections permettent donc de dégager deux grandes tendances, le PJD et le PAM qui opèrent une polarisation de la vie politique marocaine. Le premier s’est essentiellement imposé dans les grandes villes, notamment Casablanca, Rabat ou Agadir. Fer de lance d’un islamisme urbain, il touche un public de classes moyennes urbaines et conservatrices, attirées par une campagne anti-corruption et anti-népotisme et par la supposée intégrité du parti. De son côté, le PAM fait un bon score à la campagne, là où l’administration royale, l’appareil d’État tentaculaire du Makhzen est encore puissante.

La question se pose désormais du rapport de force entre le palais, partisan d’un multipartisme contrôlable, et le parti islamiste qui bénéficie d’une action politique qui s’inscrit dans la durée et opère une montée en puissance certaine.

Le PJD obtient ainsi 72 sièges sur 97 à Fès, et place son ancien ministère délégué au Budget Driss el-Azami el-Idrissi à la tête de la ville. A Casablanca, le PJD dispose de 74 sièges sur 147, soit la majorité absolue, ce qui lui permet de conquérir la mairie. Le directeur général du parti et ministre chargé des Relations avec le Parlement et la Société civile, Abdelaziz el-Omari devient donc le nouveau maire de Casablanca.

Le PJD, leader d’une coalition à la tête du pays depuis 2011, et son Premier ministre Abdelilah Benkirane, disposent donc d’une base solide pour les futures élections législatives de 2016. Après la victoire historique de 2011, le parti islamiste arrivera-t-il à consolider son assise sur le pouvoir et rêver à un destin à la Ennahdha en Tunisie? Ou craindre une réaction populaire à l’égyptienne avec la destitution du Président Morsi, bien « assistée » par l’armée ? La volonté royale n’est en tout cas pas à prendre à la légère pour ces « islamistes monarchistes » qui reconnaissent l’autorité du roi comme Commandeur des croyants.

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