Russie et Arabie saoudite : rapprochement historique ou opportuniste ?

Le récent accord sur la levée des sanctions contre l’Iran ne cesse de bouleverser la situation sur l’échiquier moyen-oriental. Hormis la chute des prix du pétrole, toute la carte des alliances géopolitiques pourrait également subir des profondes mutations. En effet, la Russie qui a beaucoup fait pour fluidifier ces négociations se retrouve désormais à un carrefour. Aujourd’hui, elle n’est plus le seul partenaire privilégié de Téhéran. La capitale iranienne a ainsi récemment été le théâtre d’un afflux historique de délégations européennes, venues pour les opportunités économiques, et plus si affinités. Même si la Russie reste le plus important partenaire de l’Iran, ne serait-ce que dans le secteur atomique et de la défense, cette situation pourrait changer dans les années à venir. Dès lors, la Russie cherche également à diversifier ses partenariats.

Le 8 août 2015, Moscou est ainsi le théâtre d’une rencontre historique entre les ministres des Affaires étrangères saoudien et russe. Au premier abord, tout oppose ces deux pays. Rivaux sur le marché du pétrole, la Russie ne fait pas partie de l’OPEC qui est dominé par l’Arabie Saoudite. Durant la Guerre Froide, le Royaume saoudien a notamment été l’un des partenaires étroits des États-Unis, tandis que la Russie soutenait dans la région les régimes laïques du Parti Baas. Aujourd’hui encore, Riyad reste l’un des alliés les plus fidèles de Washington au Moyen-Orient, alors que la Russie soutient l’Iran et le régime de Bachar al-Assad. Dès lors, on peut s’interroger sur les raisons du rapprochement entre ces deux pays ?

Premièrement, le futur de la crise syrienne dépend largement de ce qui se décidera à Moscou et à Riyad. L’Arabie Saoudite reste inflexible sur le destin du président syrien, qu’elle voit comme un problème plutôt comme qu’une solution. Quant à la Russie, elle ne souhaite pas le départ de Bachar al-Assad, et milite plutôt pour une solution négociée avec lui. Pour le moment. En effet, Moscou pourrait bien lâcher Damas moyennant une grosse compensation. Le New York Times évoque ainsi une possible réduction de la production du pétrole en Arabie Saoudite, ce qui permettrait d’augmenter les prix de l’or noir. L’économie russe, durement frappé par la baisse des prix du pétrole, pourrait alors retrouver un second souffle.

Outre Bachar al-Assad, les positions des deux pays sur la crise en Syrie semblent de fait coïncider. La Russie se rend compte de la menace que représente l’organisation terroriste de l’État islamique (EI) pour ses régions du Caucase du Nord, où l’insurrection islamiste attend le moment opportun pour s’embraser à nouveau. Les islamistes de « l’Émirat du Caucase » (nom officiel des divers groupes islamistes de Tchétchénie, du Daghestan et d’Ingouchie) ont ainsi déjà fait allégeance à l’EI, et ont même envoyé plusieurs centaines de combattants sur place. Quant à Riyad, sa position officielle vis-à-vis du groupe jihadiste est extrêmement hostile.

Lors du Forum économique de Saint-Pétersbourg, en juin dernier, Vladimir Poutine avait proposé la création d’une large coalition pour intervenir en Syrie et en finir avec l’EI. Or, une telle intervention serait impossible sans le soutien et l’accord de l’Arabie Saoudite. Par ailleurs, le Royaume saoudien souhaite d’avantage se rapprocher de la Russie afin de priver l’Iran de son allié stratégique. Ainsi, un accord sur une livraison d’armes par Moscou à Riyad a été négocié lors de la rencontre des ministres saoudien et russe en août.

Cet accord prévoit notamment la vente des systèmes de missiles balistiques à courte ou moyenne portée Iskander (Code OTAN SS-26 Stone). Si cette livraison a lieu, elle marquera un tournant car l’Arabie Saoudite privilégie d’ordinaire l’achat d’armes américaines ou européennes. Cependant, Riyad reste connu pour l’achat d’armes dont elle n’a pas forcément besoin, et ce, afin d’influencer le cours des négociations, et si nécessaire d’« acheter » le résultat souhaité.

Moscou voit donc dans ce rapprochement un moyen de diversifier, à long terme, ses relations dans la région et notamment de semer la discorde entre Riyad et Washington. Les États-Unis, de leur côté,  s’inquiètent d’un tel rapprochement entre la Russie et son ancien allié privilégié.

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