Russie : La reprise de la course aux armements ?

La dissuasion nucléaire repose depuis toujours sur un fragile équilibre, aujourd’hui largement remis en cause. Cet équilibre s’appuie sur l’assurance d’une destruction massive et sur la vulnérabilité garantie des états si une attaque nucléaire a lieu. Des prémices de la Guerre Froide jusqu’à la présidence de Reagan, l’idée de développer un bouclier antimissile nucléaire reste taboue. Pour cause, l’élaboration d’un bouclier antimissile trop puissant serait capable d’anéantir le principe premier de la dissuasion nucléaire, à savoir qu’un pays qui se sentira en sécurité aura les mains libres et pourra utiliser l’arme nucléaire sans craindre de représailles. Ainsi, il n’existe que très peu de boucliers antimissiles pour l’heure dans le monde. Toutefois, depuis le début des années 2000, les États-Unis cherchent à élaborer un système de défense antimissile en Europe afin de se protéger d’une éventuelle attaque de l’Iran. En dépit de l’apaisement relatif des relations entre la République islamique et les pays occidentaux, le développement de ce programme est maintenu.

Pour l’heure, le bouclier de l’OTAN installé en Roumanie et en Pologne serait capable de protéger les pays alliés des États-Unis contre les missiles balistiques (une vague d’environ 30 missiles), mais inapte à faire face à une attaque nucléaire massive. Les faiblesses évidentes de ce système ne rassurent pourtant en rien la Russie et la Chine qui se sentent directement visées par ce programme. Lors du sommet de l’OTAN de 2010, la Russie avait même exigé des garanties juridiques tangibles sur le fait que le bouclier antimissile ne serait pas utilisé contre elle, ainsi que la possibilité de participer activement à l’élaboration du système de défense antimissile européen. Si la première requête a été directement refusée, la deuxième demande, a également peu de chances d’aboutir puisque l’idée d’une coopération militaire entre l’OTAN, l’UE et la Russie ne semble pas à l’ordre du jour.

La Russie a donc décidé de développer son propre programme afin de garantir sa sécurité. Oleg Pyishniy, le responsable du pôle recherche et développement du ministère de la défense russe a déclaré qu’en réponse au développement du bouclier antimissile américain, le pays a décidé de prendre des mesures concrètes. Depuis le début de l’année, la Russie a, ainsi, multiplié les vols de bombardiers stratégiques TU-22M3 aux frontières des pays de l’OTAN. Le ministère de la défense compte également créer une base pour ces bombardiers en Crimée. Pyishniy a également déclaré que les États-Unis auraient décidé d’acheter 200 missiles SM-3 pour l’interception des missiles balistiques depuis la mer, ce qui représente une menace réelle pour les capacités de frappe russes.

Le ministère de la défense russe cherche donc à développer une arme qui serait capable de contourner ce bouclier de l’OTAN. Le projet, connu sous le nom d’Objet 4202, vise à élaborer un appareil volant, porteur d’un missile nucléaire capable de réaliser des manœuvres de tangage et de lacet à des vitesses hypersoniques (Mach 5 ou 6150km/h environ), ce qui selon les experts russes, lui permettrait de contourner ou de percer n’importe quel bouclier antimissile. Ce projet existe depuis une dizaine d’années et les premiers essais ont eu lieu en février 2015. Il a déjà été présenté à un public restreint lors de l’exposition Armée 2015, le 16 juin dans la banlieue de Moscou. Lors de cette même exposition, Vladimir Poutine a déclaré que la Russie allait déployer une quarantaine de nouveaux missiles balistiques intercontinentaux, qui seraient capables de « déjouer les systèmes de défense antimissile les plus sophistiqués ». Il semblerait qu’une nouvelle course aux armements soit lancée.

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