Fonctionnement de l’État russe : interview d’un insider

Au printemps 2015 le monde politique russe connaît un petit tremblement de terre. Oleg Viktorovich Morozov, le responsable de la politique intérieure de l’administration du président Poutine, démissionne pour des raisons familiales. Cet événement est d’autant plus important, car l’administration du président occupe une place centrale dans le processus de la gestion du pays et de la prise de décision : c’est elle qui veille à l’exécution des volontés du président. Autrement dit, l’administration coordonne les activités du président et se superpose au gouvernement afin de garantir une plus grande verticalité de l’appareil d’État. Il y a peu, Oleg Morozov a décidé d’accorder une longue interview, sans langue de bois, au journal d’opposition MK.RU. Cette interview fait notamment la lumière sur le fonctionnement de l’appareil étatique russe, qui reste en grande partie une énigme enrobée de mystère.

Ondes de Choc vous présente la retranscription de cette interview, dont la version russe peut être consultée ici.

Oleg Viktorovich Morozov, source : http://www.mk.ru/politics/2015/07/09/ispoved-kremlevskogo-otstavnika-olega-morozova.html

Oleg Viktorovich Morozov, source : MK.RU

Oleg Viktorovich, l’année dernière votre collège Vyacheslav Volodine (premier sous-directeur de l’administration du président) a fait la déclaration suivante : « Si Poutine existe – la Russie existe. Pas de Poutine, pas de Russie ». Est-ce que cela veut dire que nous avons officiellement un culte de la personnalité dans notre pays ?

Je crois que Vyacheslav Volodine a déjà répondu maintes fois à cette question lui-même. Cette formule ne veut pas dire qu’il y a un culte de personnalité. Ce qu’elle veut dire, c’est que le pays a un leader fort, qui est le moteur derrière toutes les grandes décisions stratégiques du pays. Beaucoup de personnes pensent que les idées stratégiques publiées par le pouvoir sont les fruits du travail des apparatchiks technocrates. La vérité est que souvent ces idées viennent de M. Poutine : soit de façon officielle, soit à travers des discussions privées. Selon moi, on peut interpréter la phrase de Volodine de la manière suivante : nous avons un leader fort, un pivot qui tient le pays. Les sondages nous montrent que le peuple fait confiance au pouvoir, ce qui garantit la stabilité intérieure.

Si Poutine est le pivot qui tient le pays, n’est-ce pas un système fragile à la base ? Le président est un être humain et il n’est pas à l’abri de risques.

Certes, d’une certaine manière ce système est vulnérable. Nous sommes tous mortels. On ne peut que souhaiter une longue vie à M. Poutine. Cependant je vais vous montrer que le système qui a été fait par Poutine est en effet très solide : son objectif n’est pas de construire un système de pouvoir personnel, mais plutôt un système qui peut faire marcher les divers mécanismes étatiques. Je vais vous donner un exemple flagrant : l’armée. Est-ce que vous vous souvenez de comment en 1999, selon ses propres mots, Poutine a dû chercher à travers tout le pays les seules quelques garnisons encore en état de combattre, pour aller affronter les terroristes en Tchétchénie, pour l’unité de l’État russe ? Maintenant, comparez l’armée de 1999 avec l’armée d’aujourd’hui qui a enfin retrouvé sa fierté et la confiance en soi. On ne peut pas savoir si demain ou après-demain la Russie aura encore Poutine avec elle. Ce dont on peut être sûr par contre, c’est que même après Poutine, la Russie aura encore une armée bien équipée et prête à s’engager où il faut.

Je crains que beaucoup de personnes ne soient pas d’accord avec la thèse selon laquelle « Poutine n’est pas en train de construire un système de pouvoir personnel ». Vous le dites d’ailleurs, « le président est la principale source d’idées pour le développement du pays ». N’est-ce pas une caractéristique d’un système du pouvoir personnel ?

Je vais répondre à votre question avec une question : quand est-ce que vous avez lu la constitution russe pour la dernière fois ? Vous devez connaître l’article 80, alinéa 3 qui dit : « En accord avec la Constitution et les lois fédérales, le président détermine les grandes orientations de la politique intérieure et extérieure du pays ». C’est ce que fait Poutine, il n’a pas le droit de ne pas le faire d’ailleurs. La Russie n’est pas juste un pays avec une forte tradition du pouvoir fort et centralisé ; la Russie est un pays qui ne peut pas survivre sans un pouvoir central fort. Les tentatives d’affaiblir ou de déstabiliser ce pouvoir fort n’amènent pas la démocratie, comme l’espèrent certaines personnes très naïves. Ces tentatives mettent en marche des processus qui menacent la stabilité et l’intégrité territoriale du pays.

Lorsque j’étais responsable de la politique intérieure à l’administration du président, j’avais aussi cette fonction de dialogue avec l’opposition non-parlementaire. Volodine, compte tenu de son statut, ne pouvait pas se permettre de rencontrer certaines figures de l’opposition. Quant à moi, j’avais une liberté totale pour le faire. Quand Volodine me le disait, je rencontrais Nemtsov, Goudkov et Ponomariov. Parfois, les longues discussions que je pouvais avoir avec eux me choquaient. C’était surtout le cas avec Guennadi Goudkov[1]. Il pouvait me balancer des choses du genre : « Prépare-toi à libérer ce bureau. Dans un mois, il y aura d’autres personnes ici. C’est nous qui allons gouverner bientôt ». Je luis répondais alors : « Guennadi, est-ce que tu sais dans quel pays tu vis ? » Il me rétorquait alors : « Nous allons vous démolir ! » Est-ce que c’est ça la lutte pour la démocratie ? Ça ressemble plutôt à une lutte pour le pouvoir.

Peut-être que nos leaders font un peu trop pour préserver et renforcer le pouvoir central dans le pays ? En fin de compte, c’est ce qui a provoqué les manifestations en 2011.

Vous voulez que je vous fasse une analyse en profondeur des raisons derrière les manifestations de 2011[2] ? Je vais vous répondre franchement, mais sans citer les noms. Les manifestations de la place Bolotnaia étaient une conséquence d’un certain nombre d’erreurs qui ont été commises dans la sphère politique bien avant 2011. L’erreur principale ? On a essayé de remplacer la politique par une imitation de la politique. Certaines personnes ont voulu jouer à la politique, mais on ne peut pas jouer avec ces choses-là. La politique vous prend par la gorge, et elle peut vous étrangler si vous ne la prenez pas au sérieux.

Vers la fin de l’année 2011, Poutine a vu que le système politique précédent, basé sur les principes que j’ai déjà évoqué, ne marchait pas. Il avait donc décidé de faire un certain nombre de réformes importantes. Vous pouvez me montrer votre sourire plein de sarcasme autant que vous voulez, mais vous ne pouvez pas nier une chose : « le fantôme de la place Bolotnaia » s’est évaporé. Il y a quatre ans c’était à la mode de dire que le pouvoir se trouvait sur les pavés de la place Bolotnaia. Eh bien, il n’y était pas en fin de compte !

D’accord, parlons un peu de ces réformes politiques, qu’on peut bien décrire avec l’expression de Volodine : « Sans Poutine, il n’y a pas de Russie ». Est-ce que vous niez le fait que la Russie existait déjà bien avant Poutine, et qu’elle existera bien après lui ?

On ne peut pas nier ce fait, bien sûr. Les mots de Volodine sont une métaphore qui reflète très bien les nuances de la politique russe d’aujourd’hui, mais ça reste une métaphore qu’il ne faut pas interpréter littéralement. Comme le dit Clausewitz, « la guerre n’est qu’une continuation de la politique avec d’autres moyens ». En tant que métaphore, cette expression est extraordinaire, mais si on se met à l’interpréter littéralement, forcement on va vers une impasse logique.

C’est la même chose avec cette phrase de Volodine. Avant l’interview vous m’aviez demandé si, selon cette formule, tous ceux qui sont contre Poutine, sont aussi contre la Russie ? Pour moi, la réponse est non. Volodine fait de la politique intérieure, il est au courant du fait que dans le pays il y a de gens qui n’aiment pas Poutine. Le travail avec l’opposition est l’une de ses tâches. Il fait ce travail en partant du principe qu’il existe une ligne rouge qu’aucun membre de l’opposition ne peut franchir. Cette ligne rouge est la question suivante : est-ce qu’en tant qu’un opposant je suis au service de mon pays, ou est-ce que je suis en train de nuire aux intérêts nationaux de mon pays ? Nemtsov, que je connaissais depuis des années, était un opposant au service de son pays. Oui il disait beaucoup de choses, oui il était parti en Ukraine pour être un conseiller de Iouchtchenko, mais malgré tout ça, il n’a jamais franchi cette ligne rouge. Kasparov par contre, lui il l’a franchi, tout comme Khodorkovski.

Je suis obligé de répéter ma question. Est-ce qu’on peut être un patriote russe tout en étant fortement opposé à Poutine ?

Probablement oui. Vous savez quel est le problème ? La politique n’est pas un supermarché où l’on peut choisir un fromage qui nous convient par tous ses aspects et nuances. La politique c’est avant tout un choix difficile. Je vais vous citer un épisode historique un peu oublié. Vers la fin de la guerre de 1967 entre Israël et Égypte, les chars de l’État hébreu étaient tout près du Caire, ils pouvaient même prendre la ville s’ils voulaient. C’est à ce moment qu’un leader d’un grand pays – Leonid Brejnev – avait appelé un autre leader d’un grand pays – Lyndon Johnson, le président des États-Unis – et lui avait dit qu’il allait mettre les forces nucléaires soviétiques en état d’alerte. Après cet appel, les chars israéliens sont rentrés chez eux.

Malgré cet épisode, quelques années plus tard, l’Égypte a rejoint le camp occidental, mais ce n’est pas le but de l’histoire. L’important c’est qu’avant, notre pays pouvait faire respecter nos intérêts nationaux. Gorbatchev et Eltsine ne pouvait pas faire ça par exemple. Ils avaient conduit le pays à une défaite historique. Comme conséquence directe, nous sommes devenus un État qu’on pouvait mettre devant un fait accompli. L’objectif principal de Poutine est de changer cette situation, il veut redonner à la Russie son poids politique. Vous pouvez ne pas aimer Poutine, c’est votre choix, mais sachez qu’aujourd’hui, c’est lui qui défend les intérêts nationaux russes sur la scène internationale.

Vous êtes sûr que c’est Eltsine et Gorbatchev qui ont mené le pays à la défaite historique ? Qu’en est-il de Brejnev et de Tchernenko ? Beaucoup de choses allaient mal avant Gorbatchev.

Je suis en partie d’accord avec vous, mais seulement en partie. Est-ce que c’est Brejnev qui a obligé Chevardnadze à céder le plateau continental arctique aux américains ? Pourquoi est-ce qu’il l’a fait ? Lorsqu’on avait promis à Gorbatchev que l’OTAN n’allait pas se rapprocher des frontières russes, cette promesse fut rompue dès le lendemain. À la place de Gorbatchev j’aurais dit : « Si cette promesse n’a pas été honorée, nous n’allons pas respecter les nôtres non-plus ». Pourquoi est-ce que Gorbatchev ne l’a pas fait ?

Conformément à nos promesses, nous avions retiré toutes nos troupes de la RDA, mais les Occidentaux n’ont pas respecté leurs engagements. Par la suite, on n’a rien pu leur répondre. Les vrais hommes politiques ne se comportent pas de telle façon. Ne me dites pas que Gorbatchev et Eltsine n’avaient pas les ressources suffisantes pour agir. Il y a un facteur très important dans la politique : l’état d’esprit. Gorbatchev et Eltsine avaient un état d’esprit défaitiste. Ils ne croyaient pas en leur propre pays, et ils ont par la suite contaminé toute la population russe avec ce manque de confiance en soi. Vous devez vous rappeler l’état d’esprit de la population dans les années 1990, personne ne croyait aux perspectives de leur pays, ils s’attendaient tous à ce que l’état implose.

Si même les Russes ne croyaient pas en leur pays, imaginez le reste du monde ! La communauté internationale s’essuyait ses pieds sur nous car nous avions créée des conditions propices pour. C’est aussi en partie à cause de ça que le retour en force de la Russie est si mal vécu aujourd’hui par certains. Lorsque vous avez durablement écarté quelqu’un, c’est difficile d’accepter son retour.

Dans la catégorie politiquement active de la population russe, on voit aujourd’hui de plus en plus de haine. Qui est responsable de cette situation ?

Je ne suis pas d’accord avec ce « aujourd’hui ». En 2011-2012 je ressentais mieux cette atmosphère de haine en tant qu’homme politique. On discutait de ça avec mes collègues. On se disait que les techniques du Maidan existaient : des techniques d’éloignement des hommes politiques indésirables par une puissance étrangère. J’avais donc peur, peur pour la vie de mes proches dans le cas de l’éventuel scénario d’un Maidan Russe. Aujourd’hui je n’ai plus peur.

Vous n’avez plus peur, c’est bien, mais notre ami commun Boris Nemtsov est mort. Comment fait-on ?

Je ne sais pas quoi vous répondre. Je le plains beaucoup, Boris. On s’est parlé peu avant sa mort, il voulait que je l’aide avec un problème. Je l’ai fait, et j’ai encore sur mon téléphone son SMS avec un « merci ». J’avais un dialogue calme et ouvert avec lui. Que s’est-il passé ? Pourquoi est-ce qu’il a été pris pour cible par la haine de certaines personnes ? Je n’ai pas d’explication. La majorité écrasante des gens ne transforme jamais leur désaccord en haine. Il faut trouver les coupables, et s’assurer du fait que cela ne se reproduise jamais.

Beaucoup de gens, y compris la fille de Nemtsov, pensent que désormais, il est impossible d’être dans l’opposition légale en Russie. Qu’en pensez-vous ?

Je le connaissais bien, Boris, et je pense qu’il n’aurait pas été d’accord avec ces mots. Boris était dans l’opposition, il était le député de la Douma régionale de Iaroslavl, il écrivait des livres, il organisait énormément de meetings. Quand il avait déclaré qu’il avait peur pour sa vie, je ne l’ai pas pris au sérieux. Je ne pense pas que Boris pensait vraiment qu’il pouvait lui arriver quelque chose.

Pourquoi avancer la date des élections législatives de décembre à septembre ? Est-ce que le gouvernement a peur d’une vraie concurrence politique ?

Je pense que dans la situation actuelle, on ne peut pas vraiment parler d’une concurrence politique viable. Comment est-ce qu’on peut avoir peur si Poutine a 89% de soutien populaire, selon les sondages ? En ce qui concerne la date des élections, elle a été avancée pour des raisons de vote budgétaire. Avant, c’était le parlement sortant qui adoptait le budget, et ceux qui venaient d’être élus devait travailler avec, et  rendre des comptes. J’ai passé 18 ans dans un fauteuil de député et pour moi ça pose problème. Ça nous arrivait de demander des changements dans le budget, mais le gouvernement nous répondait : « Désolé, c’est déjà voté, on n’y peut rien ». On perdait une année entière comme ça.

Est-ce qu’on peut vraiment organiser une campagne électorale en été quand tout le monde est en vacances ?

Dans ma carrière j’ai dû faire quatre campagnes électorales, et pour moi, la saison ne changeait rien du tout. Si vous savez mener une campagne électorale vous pourrez la faire en été, en hiver et même pendant la nuit. Si vous n’êtes pas capables de faire ça, je crois qu’il vaut mieux arrêter la politique.

Lorsque vous étiez à l’administration du président, vous avez promis que le pays n’allait avoir que des élections transparentes. Lors des dernières élections régionales à Balashiha, un observateur a été sévèrement battu par des inconnus. C’est ça, vos élections libres et justes ?

Des élections où les observateurs se font tabasser ne peuvent pas être reconnues comme justes, effectivement. Malheureusement, le combat pour la transparence électorale est difficile. Cependant, je crois que le pays est sur la bonne voie. L’administration du président donne des instructions très explicites : laisser passer tous les candidats, pas de truquages et un maximum de transparence.  Si les élections ne se passent pas de façon normale, on annule. En ce qui concerne l’observateur, la police mène une investigation et je suis sûr que les coupables seront punis.

Selon vous, quand le président nomme quelqu’un gouverneur par intérim juste avant l’élection régionale, est-ce cela veut dire que ce n’est plus la peine d’aller voter[3] ?

Quand j’étais encore à l’administration du président, j’ai dû piloter « manuellement » la campagne électorale d’un jeune candidat pour le poste de gouverneur de région. Il avait gagné, mais avant cette victoire on se rencontrait toutes les semaines pour retravailler son programme. On le faisait, parce qu’on voyait que la campagne allait mal, que l’autre candidat pouvait gagner.

Ce que je veux dire, c’est que dans certaines régions l’électorat ne se pose même pas de questions sur le gouverneur qu’il leur faut. Alors que dans d’autres régions, ce n’est pas si évident, et l’administration du président intervient. Pendant les dernières régionales, trois candidats proposés par le président étaient sur le point de perdre.

Sauf qu’ils n’ont pas perdu.

Oui, parce que des gens compétents, des vrais responsables de campagne électorale, sont intervenu pour sauver la situation. Je ne vois rien de criminel ici. Vous savez, quand le président nomme quelqu’un gouverneur par intérim, il y a toute une procédure avant, on ne parachute pas n’importe qui dans une région. Le président propose un candidat qui a les meilleures chances de gagner c’est tout.


         

[1] L’une des figures principales de l’opposition en Russie. Ancien membre du parti Russie Juste et député de la Douma, il est le seul à voter contre l’annexion de la Crimée. Actuellement poursuivi pour détournement de fonds. (Note du traducteur)

[2]Manifestations qui ont eu lieu suite aux élections parlementaires de décembre 2011. Ces élections ont été marquées par de nombreuses fraudes. Environ 80 000 manifestants se sont alors rassemblés place Bolotnaia, dans le centre-ville de Moscou pour demander l’annulation des élections. (N.d.t)

[3]Une pratique courante dans l’administration russe. Officiellement, après 2011, les gouverneurs sont élus (ces élections étaient supprimés entre 2004 et 2011) ; cependant un gouverneur peut démissionner avant l’élection, et le président peut alors nommer un gouverneur par intérim. Souvent le gouverneur qui démissionne est nommé gouverneur par intérim, et il devient aussi le candidat pour les élections à venir. Cette pratique permet au candidat de préparer la campagne électorale en ayant tout l’appareil administratif régional derrière lui. (N.d.t)

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