Le sport, vecteur efficace de soft power pour le Qatar ?

Alors que la planète football vit depuis quelques jours aux rythmes des rebondissements issus du scandale qui touche la FIFA, l’attribution de la Coupe du monde 2022 au Qatar fait partie des polémiques ayant entraînée la démission du tout-puissant Sepp Blatter. En effet, depuis la désignation de l’émirat en 2010, les critiques et les interrogations se succèdent : pourquoi avoir choisi ce pays désertique et minuscule où le football n’est même pas le sport le plus populaire ? Pour comprendre ce choix, il faut détricoter les agissements du Qatar et comprendre la place primordiale du sport dans le soft power de l’émirat.

Le sport n’est peut-être pas le domaine le plus important de la stratégie d’émergence du Qatar, ni celui qui a le plus de conséquence sur la politique étrangère ou sur la place de l’émirat sur la scène internationale, mais il n’en constitue pas moins l’un des rouages essentiels, notamment pour la dimension de prestige qu’il apporte, en témoignent les différents postes de dirigeants qu’occupaient le prince héritier cheikh Tamim, aujourd’hui émir, au sein des organismes qataris dédiés au sport. Sa qualité de vecteur de soft power et d’influence en fait un des atouts de premier plan dans l’attraction que le Qatar tente d’exercer sur le monde.

En effet, le sport est un vecteur efficace de soft power : sa popularité, son importante médiatisation, son caractère universel et sa supposée neutralité politique en font un outil décisif pour imposer son influence[1]. Si le Qatar n’a pas une longue histoire sportive ni une population renommée pour son amour du sport[2], l’émirat s’inscrit dans une histoire régionale où le sport a déjà été utilisé comme instrument de puissance. En effet, l’Arabie Saoudite et le Koweït avaient compris avant le Qatar l’importance que le sport pouvait avoir, pour exister sur la scène internationale[3].

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faungg’s photos, « Soccer Ball », via Flickr, Creative Commons Attribution

Les investissements au Qatar

L’investissement le plus visible du Qatar dans le domaine du sport passe par l’organisation de compétitions internationales. Auparavant organisées quasi-exclusivement dans les pays occidentaux, ces compétitions sont des preuves aujourd’hui de la multipolarisation du monde sportif[4]. C’est à partir des années 1990 que l’émirat se positionne sur ce secteur. Sans choisir un sport en particulier, l’obtention de ces compétitions montre la volonté du pays de compter sur la scène sportive. Que ce soit un sport d’intérieur ou d’extérieur, un sport médiatisé ou non, le Qatar s’en saisit. Dans le cadre d’une stratégie régionale et en fonction de la compartimentation du sport international, l’émirat accueille surtout dans un premier temps des compétitions asiatiques. Mais ce n’est que la première étape avant de voir de multiples championnats mondiaux organisés sur le sol qatari.

De la même manière que ses voisins, le Qatar a donc commencé par organiser des compétitions sportives comme la Coupe d’Asie des nations de football en 1988, l’Open de Doha de tennis depuis 1993, les Masters du Qatar de golf depuis 1998 ou le Tour du Qatar de cyclisme depuis 2002[5]. L’exposition médiatique des grands événements internationaux comme les Jeux Olympiques ou la Coupe du monde de football représente un moyen incontournable d’être reconnu sur la scène internationale. Ainsi, la Fédération Internationale de Football Association compte plus de membres que l’ONU : 209 États membres contre 192. L’organisation regroupe en effet des associations qui ne sont pas reconnues comme des Etats à part entière par la communauté internationale, soit en raison de leur appartenance à un autre Etat ou en vertu des conflits géopolitiques[6].

Le grand projet à venir du Qatar est l’organisation de la Coupe du monde de football en 2022. Mais les Qataris travaillent également à l’organisation d’un grand prix de F1 à l’instar du Bahreïn. Toutefois, l’objectif ultime et avoué du pays serait l’organisation de Jeux Olympiques. Le pays était en lice pour les Jeux de 2020 mais a appris en mai 2012 qu’il n’était pas dans la liste des trois villes restant en course.

  • L’Académie Aspire

L’Académie sportive Aspire est l’une des preuves de l’investissement qatari dans le domaine du sport sur le long terme. Créée en 2004, cette académie se veut être la pépinière des futurs talents sportifs mondiaux. Avec des infrastructures d’exception et un programme combinant formation sportive et éducation scolaire, l’académie est un centre très attractif pour les enfants souhaitant percer dans le domaine sportif. Avec le projet Aspire Dreams, l’académie évalue chaque année depuis 2007 près de 600 000 enfants pour rechercher les prodiges du futur[7]. Egalement doté d’un centre de médecine de sport de pointe, le centre accueille des sportifs confirmés du monde entier. Les jeunes peuvent ainsi apprendre aux côtés d’athlètes de haut niveau. Afin de consolider et d’achever leur formation, des partenariats sont noués avec des clubs professionnels étrangers. Dans le domaine du football, l’académie a, par exemple, acheté le club de deuxième division belge du KAS Eupen[8].

Mais l’activisme du Qatar sur le sujet inquiète certains observateurs. En Afrique, le pays dispose ainsi d’un réseau étendu d’informateurs et de recruteurs qui détectent les meilleurs talents au détriment des clubs locaux, ne pouvant faire le poids avec la puissance financière et d’infrastructure de l’émirat. Grandissant au Qatar, ces jeunes venus du monde entier, Afrique, Amérique du Sud, Moyen-Orient, Asie, sont susceptibles d’être naturalisés par l’émirat et pour leurs pays d’origine, c’est une perte de talents sportifs conséquente[9]. Le pays mène en effet avec ses programmes de recrutement et de formation une politique à long terme visant à constituer une équipe nationale de football compétitive[10], et ce, en prévision de l’organisation de la Coupe du monde 2022 où le pays sera automatiquement qualifié en tant que pays organisateur.

  • La Coupe du monde de football 2022

Le projet d’organisation de la Coupe du monde 2022 est le véritable porte-étendard de la stratégie sportive du Qatar. L’orchestrateur de cette politique est l’actuel émir, cheikh Tamim. Alors Prince héritier, il était également simultanément président du Comité olympique national, président du Comité d’organisation de la Coupe du monde et propriétaire du fonds d’investissement sportif national dont la direction a été confiée à son ancien partenaire au sein de l’équipe national de tennis, Nasser al-Khelaïfi, également président du Paris Saint-Germain[11].

L’obtention de cette Coupe du monde est une première pour le monde arabe et musulman, après les échecs répétés de grands noms régionaux comme l’Egypte au Machrek ou le Maroc au Maghreb. Cela consacre donc le Qatar comme leader régional mais également du monde arabe. En effet, la compétition est l’un des événements les plus suivis au monde, et devance les Jeux Olympiques en terme de retransmission avec près de 27 milliards de téléspectateurs[12]. La candidature qatarie met en avant des valeurs que le soft power de l’émirat veut transmettre au grand public : modernité, richesse, innovation. En effet le pays considère pouvoir remédier à l’obstacle que constitue le climat désertique et aride de la péninsule en plein été avec des projets de construction de stades flambant neufs, alimentés à l’énergie solaire et climatisés. Devant les critiques portant sur l’utilité de construire des stades qui n’auraient aucune utilité après la compétition, le Qatar révèle enfin que ceux-ci seraient gracieusement offerts au continent africain, une fois la Coupe du monde terminée[13].

Cette candidature est appuyée à grands frais par des personnalités ambassadrices reconnues comme Zinedine Zidane. Pour obtenir l’obtention de la compétition, l’émirat n’a reculé devant rien et maintenant que cela est prévu pour l’horizon 2022, le chantier est titanesque mais la puissance financière du Qatar permet de subventionner le projet. En effet, alors que la Coupe du monde 2014 au Brésil a coûté plus de 8 milliards de dollars[14], celle du Qatar est estimée pour le moment à 200 milliards de dollars[15].

Cette somme vertigineuse s’explique par la nécessité de remodeler le pays dans une démarche post-hydrocarbures où les bénéfices du tourisme et du commerce extérieur devront remplacer les revenus du gaz. Le pays attend 400 000 supporters et quatre millions de touristes en 2022, soit plus de deux fois sa population actuelle. Pour subvenir à leurs besoins, le Qatar prévoit donc de construire routes, métros, aéroports et hôtels pour près de 160 milliards de dollars. La démesure de ces investissements sur son sol, qui ne se sont pas encore concrétisés, rappelle la stratégie que le Qatar mène à l’étranger.

Les investissements à l’étranger

L’importance donnée au sport dans la stratégie d’émergence du Qatar se traduit aussi par le nombre et la valeur des investissements à l’étranger. Si les investissements de l’émirat à l’étranger sont nombreux et prestigieux, comme on l’a vu, la branche sport du fonds d’investissement Qatar Investments Authority est elle-aussi très active. Fondée en 2005, Qatar Sports Investments s’est spécialisée dans les investissements dans le domaine sportif, des investissements qui doivent comporter une part de rentabilité[16]. Car la stratégie du Qatar n’est pas à comparer à celle des grands oligarques ou millionnaires qui viennent dépenser leur argent dans le milieu du sport : les investissements du Qatar sont pensés sur la base de business plan et doivent combler la mise de départ. Ils font partie à part entière de la stratégie d’émergence de l’émirat mais relèvent également du processus économique post-hydrocarbures.

C’est pourquoi le Qatar ne se donne aucune limite sur aucun sport. Si le football est le sport roi des investissements, l’émirat investit dans de nombreux domaines[17] : les sport équestres, dont sont friand les habitants du Golfe, avec un partenariat de 49 millions d’euros entre le Qatar Racing & Equestrian Club et France Galop portant sur le Prix de l’Arc-de-Triomphe ; le cyclisme avec l’accord entre Qatar Airways et le Tour de France, la première devenant transporteur aérien officiel de la compétition. Des négociations sont également en cours pour que l’émirat accueille une des étapes de la course à l’avenir. Le pays s’est également positionné sur le handball.

Alors qu’il a accueilli la Coupe du monde en 2015, le Qatar investit depuis 2012 dans le club du Paris Handball et le rattache en tant que division handball à la nouvelle structure omnisports qu’est devenu le Paris Saint-Germain. Le nouveau PSG Handball suit alors une stratégie similaire au club de football, et signe certains des meilleurs joueurs du monde. Le Qatar a également poursuivi une politique de naturalisation de joueurs de handball en vue de la Coupe du monde 2015, portant son choix sur des seconds couteaux et des déçus des grandes équipes nationales[18], ce qui lui a permis d’atteindre la finale de l’événement organisé sur son territoire.

Le football reste toutefois le secteur où les investissements sont les plus prestigieux. Le Paris Saint-Germain est la pierre angulaire de la politique qatarie dans le sport, mais l’émirat réussit également un formidable coup marketing en inscrivant son nom sur le maillot de l’un des plus grands clubs du monde : le FC Barcelone. Si le Qatar est également présent en Espagne, où depuis l’été 2010, un cousin de l’émir du Qatar, Abdulah bin Nasser al-Thani, possède le club de Malaga, c’est à Barcelone que le pays atteint son plus grand succès. Avec un sponsor maillot au nom de la Qatar Foundation, think tank présidé par cheikha Mozah, le pays s’est trouvé une vitrine de choix pour la planète. Maillot vendu à des millions d’exemplaires à travers le monde et porté par l’un des deux meilleurs footballeurs du globe, l’Argentin Lionel Messi, il représente l’un des meilleurs atouts de la diplomatie sportive du Qatar[19]. Et depuis la saison 2013-2014, Qatar Airways, l’entreprise aérienne phare du Qatar, est également visible sur les maillots du club[20] et lance une campagne digitale extrêmement réussie[21].

La stratégie d’investissements de l’émirat à l’étranger se traduit également par le développement de la marque qatarie Burrda Sport, dont le directeur exécutif n’est autre que le fils de Michel Platini. La crédibilité de la marque fondée en 2007 progresse : parmi ses acquisitions en France les clubs de rugby du RC Toulon et du Biarritz Olympique mais également le club de football de l’OGC Nice[22]. Elle possède également des partenariats au Royaume-Uni et dans le monde arabe[23]. Sa plus grande réussite reste toutefois d’avoir équipé l’équipe nationale de football de Belgique lors de la Coupe du monde 2014, ce qui lui a offert une visibilité sans précédent. Si pour l’instant Burrda Sport n’est pas capable de rivaliser avec des grands équipementiers comme Nike ou Adidas, sa stratégie va en s’améliorant, à la recherche du gros contrat qui la fera s’imposer comme acteur majeur.

Le Qatar dispose toutefois d’un atout de choix pour améliorer la visibilité de ses investissements : Al Jazeera et sa déclinaison sport. Avec les investissements de beIN Sport, notamment dans le championnat français de football[24], le projet qatari s’autoalimente[25] : investir dans le football rend le championnat attractif, ce qui fait monter les droits télévisuels de retransmission qui sont détenus par les mêmes individus. En ramenant des grandes stars en Ligue 1, le Qatar améliore également la visibilité du championnat à l’étranger et améliore donc la perception de l’étranger sur le Paris Saint-Germain, renforçant alors aussi le poids de l’influence qatarie. Loin d’être un caprice de riche, ces investissements font tous partie d’une stratégie réfléchie, qui donne d’ailleurs des idées aux voisins du Qatar[26].

Une politique critiquée au Qatar et à l’étranger

Si la stratégie qatarie dans le milieu du sport remporte un certain succès, elle est également l’objet de nombreuses critiques pour des raisons variées. La première est sa relative absence de légitimité populaire. Sa population de nationaux, pour la plupart subventionnés par l’Etat, n’a que peu d’intérêt à percer dans le milieu du sport et ne voit pas vraiment l’utilité à se dépenser physiquement pour gagner des sommes folles, alors qu’elle peut le faire en restant comme elle est, avec un mode de vie oisif servi par des travailleurs expatriés. Par ailleurs, sa taille réduite limite le bassin de joueurs éligibles pour jouer dans les équipes nationales[27]. La mise en place d’une Journée nationale pour le Sport témoigne du relatif peu d’intérêt de la population qatarie et de la nécessité du gouvernement d’imposer ses vues sur le sujet.

Le peu d’intérêt pour les sports occidentaux est assez visible, notamment durant l’organisation de certaines compétitions. Ainsi, lors de la Coupe d’Asie de football de janvier 2011, la moyenne d’audience est de 12 000 spectateurs, ce qui est assez faible pour une compétition internationale. A cela s’ajoute un quiproquo durant la finale entre la police et les supporters, en raison de la présence de la famille royale au stade, où la première empêche l’accès aux gradins à plusieurs milliers de supporters, achevant d’entacher l’image du pays[28].

Mais le véritable scandale auquel fait face le pays est celui des conditions de travail des travailleurs immigrés sur son sol, à l’occasion de l’organisation de la Coupe du monde de football 2022. Si les conditions dans lesquelles l’émirat remporte l’organisation de la compétition sont aussi critiquées[29], le tollé qui s’empare de la planète lors de la divulgation des conditions de travail des ouvriers des chantiers est sans précédent et reste l’un des pires épisodes de la stratégie d’émergence du Qatar. Dans une série de longs reportages publiés par le quotidien d’information britannique The Guardian, plusieurs journalistes dénoncent ce scandale à partir de septembre 2013.

La réalité derrière le succès économique et financier du Qatar est celle d’une population de travailleurs immigrés aux conditions de travail, pour une grande partie, extrêmement sommaires. Selon les reportages[30], il est rapporté que 83 Indiens, 119 Népalais et 202 travailleurs issus de plusieurs pays asiatiques sont morts en 2013. Alors que le pays attend 500 000 travailleurs de plus pour 2022, la question des conditions de travail pour ces « travailleurs de l’ombre » se pose[31]. Mais tous les incidents ne se déroulent pas que sur les chantiers : ces décès résultent d’une combinaison de facteurs mêlant travail harassant, absence de protection légale, chaleur accablante sur des lieux de travail sans air conditionné, etc. Se pose également la question juridique et religieuse du système de la kafala, ayant cours dans tous les pays du Golfe.

Fondé sur la loi islamique concernant l’adoption, le système de la kafala fait que le travailleur immigré est lié de manière rigide à son employeur et ne peut changer d’emploi sans son accord. Chaque étranger désirant travailler dans l’émirat dépend légalement d’un tuteur, citoyen local, qui contrôle en principe chaque aspect de la vie quotidienne[32]. Si les employés fuient leurs lieux de travail, les employeurs peuvent en référer aux autorités pour abandon de poste. Ce système se traduit dans les faits par une toute-puissance des employeurs qui peuvent ne pas payer leurs employés, garder leurs passeports et les traiter suivant des conditions quasi-esclavagistes[33]. En 2013, trente Népalais ont même cherché refuge à leur ambassade. Alors que le public s’inquiète pour la santé des footballeurs de la Coupe du monde 2022, ces travailleurs font face à des journées qui représentent huit fois la durée d’un match de football.

Ces accusations posent évidemment problème au Qatar, et notamment car elles détonnent dans le cadre de la stratégie Qatar National Vision 2030[34], l’émirat a donc répondu à ces accusations de diverses manières. La première réponse est celle du Secrétaire Général du Comité Suprême pour la Coupe du monde 2022, Hassan al-Thawadi. Ce dernier a ainsi insisté sur le fait que l’organisation de la Coupe du monde permettrait d’accélérer le progrès et l’amélioration des conditions de travail des travailleurs immigrés, notamment avec la mise en place d’un Comité pour le bien-être des travailleurs[35]. Le ministre du Travail, Saleh al-Khulaifi a, quant à lui, accusé les sous-contractants, les entreprises privées de construction, de ne pas se conformer aux règles du droit du travail[36]. Il a également promis de hausser le ton et de lutter contre ces mauvais exemples en mettant en place un service d’inspecteurs du travail. Une charte des droits du travailleur a également été ratifiée par les autorités qataries. Avec l’organisation de la Coupe du monde et le regard du monde braqué sur lui, le Qatar sait qu’il doit se saisir de ce problème préoccupant et le régler au plus tôt, sous peine de ruiner les efforts et le travail effectués dans tous les domaines du soft power.

On peut toutefois s’interroger, sans verser dans la paranoïa, sur la provenance géographique des critiques les plus acerbes contre le Qatar. La plupart des investigations journalistiques viennent en effet du Royaume-Uni alors que le scandale qui touche la FIFA découle d’une enquête de la justice américaine : le Royaume-Uni et les Etats-Unis soit deux candidats malheureux à l’organisation des Coupes du monde 2018 et 2022. Pays musulman, arabe, « nouveau riche » et minuscule géographique, le Qatar ferait-il office de bouc émissaire ? Les récentes révélations sur les manières de fonctionner de la FIFA montrent en effet que tous les pays ayant organisé des événements sportifs traînent leur lot de casseroles, et que la corruption dont on accuse le Qatar est monnaie courante. Le petit émirat est au-devant de l’actualité car il répond à ses accusateurs et ouvre ses portes aux organismes internationaux, dont Amnesty International[37]. A la différence de la Russie, pourtant organisateur de la futur Coupe du monde.

Le sport est donc un vecteur efficace de soft power puisqu’il permet de faire parler du Qatar. Toute publicité est une bonne publicité ? L’adage reste à confirmer, tant que le pays conserve l’organisation de la Coupe du monde 2022.


[1] Pim Verschuuren, « Les multiples visages du « sport power » », Revue internationale et stratégique, 2013/1 n° 89, p. 131

[2] A la différence de l’Egypte, l’Algérie, le Maroc ou la Turquie. Voir notamment Sébastien Abis et Djamel Ajmani, « Football et mondes arabes », Revue internationale et stratégique, 2014/2 n° 94, p. 143-150 et James M. Dorsey, « Football et manifestations politiques dans les pays de la région MENA », IEMed Mediterranean Yearbook 2013, 2013

[3] Jérôme Champagne, « La diplomatie sportive du Qatar, instrument d’une nouvelle notoriété internationale », Géoéconomie, 2012/3 n° 62, p.71

[4] Pascal Boniface, Pim Verschuuren, Didier Billion, Romain Aby, « La diplomatie sportive qatarie, Le ‘’sport power’’ : le sport au service de la reconnaissance internationale du Qatar », Diplosport, IRIS/CSFRS, 2012, p. 4

[5] Valentin Germain, « La diplomatie du sport au Qatar », http://www.lesclesdumoyenorient.fr/, 29/07/2013

[6] On peut citer les nations britanniques comme l’Ecosse ou le Pays de Galles, les Iles Féroé ou la Palestine

[7] Sébastien Abis, « Sports et relations internationales : l’offensive du Qatar », Confluences Méditerranée, 2013/1 N° 84, p. 126

[8] Pour un article complet sur les relations entre l’émirat, l’académie Aspire et le club belge, voir notamment Sam Borden, Steve Eder, Jack Williams et Christopher Harress, « Qatari Soccer Empire Buys a Foothold in Europe », http://www.nytimes.com/, 15/07/2014

[9] Jérôme Champagne, art. cit., p.76

[10] Afin d’éviter la constitution d’équipes factices constituées trop facilement par la naturalisation, la FIFA a durci la réglementation sur la sélection en équipe nationale de joueurs naturalisés

[11] Pim Verschuuren, art. cit., p. 133

[12] Jérôme Champagne, art. cit., p.76

[13] Sébastien Abis, art. cit., p. 122

[14] Soit presque plus de deux fois les 3,5 milliards de dollars investis en Afrique du Sud pour la coupe du monde 2010. Voir notamment Adrienne Sigel, « La Coupe du monde au Brésil en chiffres », http://www.bfmtv.com/, 12/06/2014

[15] Guillaume Errard, « Mondial: pourquoi le Qatar débourse 200 milliards de dollars », http://www.lefigaro.fr/, 12/07/2013

[16] « Who we are », http://www.qsi.com.qa/

[17] Pascal Boniface, Pim Verschuuren, Didier Billion, Romain Aby, art. cit., p. 6

[18] Sylvain Mouillard et Willy Le Devin, « Hand : le Qatar recrute des bras », http://www.liberation.fr/, 21/01/2013

[19] Valentin Germain, « La diplomatie du sport au Qatar », http://www.lesclesdumoyenorient.fr/, 29/07/2013

[20] Pour en savoir plus sur le parrainage sportif multiple événementiel et sur le cas du maillot du FC Barcelone, voir notamment Nicolas Chanavat et Michel Desbordes, « Le parrainage sportif multiple événementiel : atouts, défis et conditions de succès », Gestion, 2013/4 Vol. 38, p. 35

[21] « Qatar Airways commercial becomes most watched FC Barcelona video of all time on YouTube », http://www.fcbarcelona.com/, 09/05/2013

[22] Sébastien Abis, art. cit., p. 120

[23] Voir notamment la liste des équipes sur « Our Teams », http://burrdasport.com/

[24] En concurrence avec Canal +, beIN Sport s’est imposé en allant jusqu’à tripler le prix des droits télévisés de certaines compétitions. Aujourd’hui, la chaîne dispose des droits exclusifs sur 8 matches de Ligue 1, 9 matches de Ligue 2, l’ensemble des matches de Ligue des Champions et d’Europa League, certains droits sur les championnats espagnols, portugais, italiens et allemands mais également sud-américain, l’entièreté de l’Euro 2016 qui se déroulera en France, etc. Pour plus de détails, voir notamment Yosu Martinez, « Quels sont les droits TV de beIN Sport ? », http://enpleinelucarne.net/, 25/06/2013

[25] Valentin Germain, « La diplomatie du sport au Qatar », http://www.lesclesdumoyenorient.fr/, 29/07/2013

[26] En particulier l’Arabie Saoudite qui essaye de nouer un partenariat avec le club allemand du FSV Frankfurt. Voir notamment James Dorsey, « Le sport, une arme à double tranchant pour les pays du Golfe », http://orientxxi.info/, décembre 2013

[27] Jérôme Champagne, art. cit., p.74

[28] Pascal Boniface, Pim Verschuuren, Didier Billion, Romain Aby, art. cit., p. 5

[29] Avec des accusations de pots-de-vin à des officiels, principalement africains, pour obtenir un vote favorable du comité exécutif de la FIFA. Voir notamment James Dorsey, « Le Qatar ébranlé par un scandale inédit dans l’histoire du football », http://orientxxi.info/, 03/06/2014

[30] Nick Cohen, « How many more must die for Qatar’s World Cup? », http://www.theguardian.com/ 21/09/2013

[31] Nabil Ennasri, L’énigme du Qatar, op. cit., p. 48

[32] Christian Chesnot et Georges Malbrunot, Qatar, les secrets du coffre-fort, Michel Lafon, 2013, p. 121

[33] Pete Pattisson, « Revealed: Qatar’s World Cup ‘slaves’ », http://www.theguardian.com/, 25/09/2013

[34] Mehdi Lazar, « L’émirat « hyperactif » : une analyse de la politique d’internationalisation du Qatar », Confluences Méditerranée, 2013/1 N° 84, p. 81

[35] Owen Gibson, « Qatar World Cup boss: tournament will not be built on ‘blood of innocents’ », http://www.theguardian.com/, 03/10/2013

[36] Martin Chulov et Robert Booth, « Qatar promises crackdown over deaths of World Cup construction workers », http://www.theguardian.com/, 01/10/2013

[37] http://orientxxi.info/magazine/la-coupe-du-monde-de-football-au-qatar-dans-la-tourmente-de-la-corruption,0922

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3 réponses à “Le sport, vecteur efficace de soft power pour le Qatar ?

  1. Arrivé sur votre blog par le biais du lien que vous avez posté sur sofoot.com, c’est avec grand plaisir que j’ai lu votre article, que je trouve très instructif, qui invite à s’interroger et qui couvre de nombreux aspects du sujet, tout comme il fait, à mon avis, de nombreuses ouvertures sur d’autres thèmes. Avant tout autre chose, en tant que contributeur Wikipédia à mes heures perdues, je vous tire mon chapeau pour la documentation, les sources et les notes. Ça démontre le sérieux de votre travail, félicitations.

    Le cas du Qatar est, selon moi, plus intéressant pour ce qu’il apporte sur la question du développement et de la géopolitique, que pour le Qatar en lui-même. Une question m’est souvent revenue en lisant votre texte : combien de pays ont eu la « chance » (toute relative, selon les cas) de disposer de telles ressources et sont parvenus à ce que le Qatar a réussi à faire ? Je serais tenté de dire aucun. Cette question m’est surtout venue au moment où vous évoquiez les investissements qataris en Afrique, continent qui s’inquiète particulièrement, après la France et l’Angleterre (principalement), de voir des puissances émergentes (Liban, Chine, Qatar et pays arabes) lui jouer, certes de manière différente, le même tour que les Occidentaux (et pas seulement pour les sportifs talentueux). En cela voyais-je un véritable élargissement possible sur les questions que posent le Qatar, questions selon moi plus révélatrices que celles du Qatar qui achète Paris (la ville tout comme le club), une équipe de Handball ou une Coupe du Monde de football – et très certainement, l’équipe qui va avec. Puisque, comme vous le dites très justement, la finalité du Qatar n’est pas d’acheter des clubs, des joueurs ou des maillots, mais de fournir des débouchés à ses autres activités (Qatar Airways, le tourisme) et de ne pas être laissé sur le carreau dans un monde toujours plus concurrentiel, le sport étant un formidable levier totalement neutre sur le plan politique (tiens, tiens, le Qatar ne s’engage d’ailleurs pas non plus dans les différents conflits, ou de manière bien bien timide). Au passage, un point que je n’ai jamais compris dans l’investissement parisien, pourquoi désirer absolument dépenser des dizaines de millions sur un joueur (qui ne fera pas gagner la Ligue des Champions à Paris), au lieu d’en recruter plusieurs moins chers comme le font les clubs allemands ? Puisque ce serait plus dans l’intérêt du Qatar d’accrocher une Ligue des Champions plutôt que d’enrôler des stars. Mais sans doute ont-ils parfois les yeux plus gros que le ventre, ce qui les poussent à des incohérences, comme la question des esclaves modernes, dont on pouvait être certain, dans l’époque qui est la nôtre, que cela finirait par être découvert.

    Pour en revenir à ce que je disais, je serais très intéressé de voir où et à quel point les entreprises et activités qataries vont se développer. Mon petit doigt me dit que si l’Occident sera forcément une cible; c’est chez nos voisins africains que cela se remarquera le plus. Les stades offerts ne sont bien évidemment en aucun cas un simple geste de solidarité. Et ne vont pas non plus à l’Afrique plutôt qu’à l’Asie ou à l’Amérique Centrale de manière parfaitement désintéressée. Bon, ce n’est pas forcément la question que vous posiez, mais je trouvais, du moins dans mon esprit et selon ma perception des choses, que votre texte invitait aussi à y réfléchir.
    En vous souhaitant une bonne soirée.

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    • Merci pour ce commentaire détaillé et constructif.

      Si l’article vous a plu et que le sujet du Qatar vous intéresse, je vous invite notamment à lire mes autres articles concernant les évolutions de la politique étrangère qatarie (https://ondesdechoc.wordpress.com/2015/07/23/revue-thematique-de-lete-le-qatar/).

      Ensuite, concernant les différents points que vous abordez, il me semble que les possibles incohérences que vous relevez découlent d’une réflexion à court terme du Qatar. Pourquoi acheter du clinquant et de la star au lieu de bâtir une équipe compétitive sur plusieurs années pour gagner la CL ? Parce qu’en termes marketing, Zlatan, Cavani et Di Maria apportent plus en rentrée d’argent et en visibilité immédiate qu’un Verratti ou un Kevin Trapp (même si on voit pourtant que le choix de ces joueurs prouve l’existence d’une réflexion à long terme).

      Il me semble qu’il y a eu, au final, un bulle Qatar qui a explosé avec l’abdication de l’ancien émir. Le nouvel émir a vu comment son père a tenté de faire exister le Qatar sur la scène international et prendra, semble-t-il, son temps pour imposer l’importance de l’émirat.

      Enfin, si les investissements dans le sport sont nombreux et peuvent représenter la tête de pont du soft power qatari, il existe également des investissement dans la culture, le foncier, etc. Tout comme il existe un hard power qatari. Attention donc à ne pas prendre le sport comme le seul élément de politique étrangère du Qatar.

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