Méditerranée: l’UE lance une opération navale contre les trafiquants d’êtres humains

Un mois après le dramatique naufrage au large des côtes libyennes qui a fait 800 morts, l’Union Européenne qui jusqu’alors était jugée passive et indifférente face aux drames successifs de l’immigration, a décidé la mise en place d’une opération navale contre les trafiquants d’êtres humains en Méditerranée. Cette mission, baptisée « EU Navfor Med » a été formellement mise sur pied lundi 18 mai à Bruxelles par les 28 ministres des Affaires étrangères de l’UE, après une réunion avec leurs homologues de la Défense. Elle devrait déployer des bâtiments de guerre et des avions de surveillance des armées européennes au large de la Libye, principale plate-forme du trafic. « EU Navfor Med » aura son quartier général à Rome et sera commandée par l’amiral italien Enrico Credendino qui aura la lourde responsabilité de déterminer la zone d’opération et donc jusqu’où les bâtiments européens pourront s’approcher des côtes libyennes. Dans le cadre de cette opération navale, la France, la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne ont déjà promis de fournir des navires. La Pologne et la Slovénie, quant à elles, engageraient des avions de surveillance ou des hélicoptères.

Federica Mogherini, la chef de la diplomatie européenne, a expliqué que cette opération permettra de «démanteler les réseaux qui font du trafic d’êtres humains dans la Méditerranée». L’objectif étant dans un premier temps de «capturer et détruire les embarcations» des passeurs armés venant de Libye avant qu’elles ne soient utilisées pour tracter jusqu’en haute mer les embarcations de fortune chargées de migrants, ensuite laissées à la dérive. Les dirigeants européens ont également décidé que soient renforcés les moyens des deux missions européennes de surveillance et de sauvetage en Méditerranée : Triton et Poséidon. Selon Federica Mogherini, « EU Navfor Med » doit « rendre rendre impossible, pour les organisations criminelles, de réemployer les instruments qu’elles utilisent pour faire mourir des personnes en mer ». Deux volets entourent l’opération : l’un humanitaire, puisqu’il s’agit de sauver des vies en mer, l’autre sécuritaire, puisque voulant faire obstacle aux organisations criminelles. Ce dernier volet est essentiel puisque certains craignent les infiltrations de jihadistes de l’État islamique en Europe via les réseaux de trafiquants intimement liés aux activités terroristes en Libye.

Toutefois, « EU Navfor Med » n’est pas sans présenter de nombreux points d’obstacles. Celle-ci requiert, afin de respecter le droit international, l’appui d’une résolution du Conseil de Sécurité des Nations Unies et ne pourra de fait n’être véritablement lancée qu’en juin. Les européens se sont donc lancés dans un bras de fer avec Pékin et Moscou qui, traditionnellement opposés à toute ingérence dans les affaires intérieures, n’autoriseront pas de nouvelle opération sur le sol libyen. C’est pourquoi, Federica Mogherini a plaidé pour une opération uniquement navale qui permettrait d’arraisonner les bateaux de passeurs. Les divergences au sein des membres du Conseil portent désormais essentiellement sur la légalité à donner à cette opération navale. En effet, si la surveillance accrue des côtes et réseaux de trafiquants et l’arraisonnement de navires sans pavillon dans les eaux internationales peuvent commencer sans base juridique internationale, plusieurs problèmes demeurent, notamment la désignation du pays d’accueil des migrants secourus.

Federica Mogherini assure que rien ne se fera sans l’accord des Libyens, à qui elle a offert un « partenariat ». D’emblée, le gouvernement libyen reconnu par la communauté internationale a exprimé son rejet d’une option militaire. Selon, Hatem el-Ouraybi, le porte-parole du gouvernement, « toute action militaire doit se dérouler avec la coopération des autorités libyennes ». Pour le chef de la diplomatie allemande, Frank-Walter Steinmeier , « Les missions de sauvetage ne vont rien changer à elles seules, la mission militaire ne changera rien à elle seule. Nous devons aussi obtenir un engagement des pays d’origine des réfugiés et une stabilisation de la Libye ».

Cette opération navale est également unanimement dénoncée par les ONG, selon lesquelles, elle ne fera que déplacer les routes empruntées par les passeurs et ainsi augmenter les risques pour les migrants. Un scepticisme partagé par le procureur sicilien Giovanni Salvi, pourtant en première ligne contre les trafiquants d’êtres humains en Méditerranée.

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