Élections au Nigeria : le retour d’un putschiste au pouvoir

Le général à la retraite Muhammadu Buhari a été élu le 31 mars 2015 à la présidence du Nigeria. Opposé au président sortant Goodluck Jonathan, Buhari a remporté les élections de la première puissance économique d’Afrique avec 53,9 % des suffrages, contre 44,96 % pour Jonathan, candidat du People’s Democratic Party (PDP). Dominant le président sortant dans plusieurs Etats du Sud-ouest du pays, ainsi que dans l’Etat de Lagos, Etat le plus peuplé et cœur économique du Nigeria, le candidat victorieux du All Progressives Congress (APC) s’est imposé démocratiquement et de manière pacifique à la tête du pays.

Ce n’est pas la première épreuve du pouvoir de Buhari. En effet, ancien putschiste, ce dernier était à la tête d’une junte militaire qui a dirigé le Nigeria entre 1983 et 1985. Trainant de ses années de gouvernance une réputation d’intégrité et de militaire stricte, le nouveau président a déclaré : « Avec mon expérience de militaire je pense que nous devons rapidement restaurer le moral des troupes du Nigeria et renforcer l’armée en obtenant des armes, en formant les soldats et en les réorganisant ». La lutte contre le groupe terroriste Boko Haram est en effet l’un des objectifs principaux de la nouvelle administration. Depuis six ans le groupe a fait plus de 13 000 victimes à travers des attaques, attentats et enlèvements dans les États du Nord-est du pays.

On attendait de possibles violences de ces élections, au sein du pays le plus peuplé d’Afrique. Cette élection démocratique s’est pourtant révélée être un tournant majeur dans l’histoire politique du Nigeria. Le pays a en effet connu six coups d’État militaires de son indépendance en 1960. Gouverné par le PDP depuis 1999 et la fin des dictatures militaires, le pays est une mosaïque fédérale de 173 millions d’habitants, avec une majorité chrétienne au sud et musulmane au nord. Dans un climat tendu, le vote s’est déroulé sans violences de grande ampleur à l’annonce des résultats malgré un vote communautaire et religieux marqué. Quelques problèmes techniques ont toutefois pu être observés notamment dans l’utilisation pour la première fois de cartes électorales biométriques. La communauté internationale a depuis salué la bonne tenue de l’alternance démocratique.

Certains observateurs s’inquiètent toutefois du retour d’un ancien militaire putschiste, après trois échecs aux dernières élections présidentielles. Pour d’autre, sa fermeté garantie une réussite dans la lutte contre le mal endémique de la corruption. Soupçonné de détournements de fonds mais jamais accusé, il est ainsi présenté comme l’une des rares personnalités politiques nigériane à être resté à l’écart de la corruption. Dès lors, Mohammadu Buhari se présente aujourd’hui comme le rassembleur du peuple nigérian et plaide la réconciliation entre les opposants politiques. Élu sur son programme de lutte contre le chômage et les inégalités, il va devoir redorer le blason du Nigeria, placé au 136e rang du classement de Transparency International sur la corruption.

Publicités

Commentez cet article

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s