Reprise de Tikrit par les Forces gouvernementales irakiennes: la question du soutien de Téhéran

Depuis un mois, les forces gouvernementales irakiennes ont lancé une vaste offensive dans les environs de Tikrit. Bastion sunnite à mi-chemin entre Bagdad et Mossoul, cette ville qui a vu naître Saddam Hussein est tombée en juin aux mains de l’Etat islamique. Hier, le premier ministre irakien a annoncé sa « libération» par les forces armées irakiennes et par leurs alliés paramilitaires. Il s’agit là d’une percée significative pour l’armée irakienne, qui se prépare pour la grande offensive programmée pour avril-mai sur Mossoul.

Selon le général de l’armée, «les forces irakiennes ont nettoyé le complexe gouvernemental à Tikrit». Il a indiqué que les forces irakiennes avaient «le contrôle des bâtiments gouvernementaux depuis la nuit dernière ». Il s’agit à présent de transformer cette reconquête militaire en reconquête politique afin de ne pas aggraver la fracture confessionnelle.

Karim al-Nouri, porte-parole de la milice chiite Badr, a également confirmé la reprise du siège, affirmant que des membres des Unités de Mobilisation Générale – UMG, avaient pris part aux combats. Les UGM, forces progouvernementales dominées par les milices chiites, sont soutenues par l’Iran et ont joué un rôle crucial au cours de ce dernier mois.

Ainsi, la question de la présence de l’Iran aux côtés des Irakiens se pose inévitablement. Selon la chercheuse Myriam Benraad, « il y a une évidente logique stratégique dans cette opération menée par l’armée irakienne et les milices chiites encadrées par l’Iran.» En effet, si l’implication des forces iraniennes n’est pas récente, il n’en demeure pas moins que leur soutien donne une supériorité militaire évidente aux milices chiites qui ont déjà largement infiltré l’armée irakienne. Il semble ainsi clair que l’Iran cherche à étendre sa puissance politique et ses canaux d’influence en Irak. La République islamique utiliserait le prétexte de la lutte contre l’EI pour accroître cette politique de puissance. Myriam Benraad affirme qu’il « faut en finir avec une vision manichéenne des choses, qui donne à la République islamique le beau rôle face à l’EI ».

La politique menée par les Etats-Unis n’en est pas moins cynique et critiquable. Si ces derniers n’ont accepté d’intervenir en Irak -en tant que chef de fil de la coalition internationale- que si les milices chiites sous influence iraniennes étaient écartées du premier plan de l’offensive; le gouvernement Obama n’a pour autant aucune envie de s’engager dans un nouveau bourbier et de faire face à la montée de l’EI en Irak. Très conscient du fait que, sans l’engagement au sol des combattants encadrés par Téhéran, il est impossible de reprendre les territoires conquis par l’Etat islamique, il laisse donc officieusement la main à la République islamique. Cela explique également la hâte avec laquelle Washington tente de trouver un accord avec Téhéran sur son programme nucléaire.

Cette stratégie, sûrement efficace à court terme, pourrait demeurer un mauvais calcul à plus long terme. L’engagement de l’Iran ne fait qu’alimenter et crédibiliser les discours des groupes sunnites les plus radicaux et cela recréer inévitablement des conditions propices à la reprise de la guerre civile confessionnelle amorcée une dizaine d’années auparavant.

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