Condamnation de terroristes ouïgours: la Chine face au terrorisme de masse

Le mardi 24 mars, les autorités chinoises ont exécuté les auteurs des attaques du 1er mars 2014 dans la gare de Kunming, capitale de la province du Yunnan, qui avaient fait trente et un morts et de nombreux blessés. Quatre autres auteurs d’agressions avaient déjà été abattus sur place par la police. Rapidement qualifiée par les médias de « 11 septembre chinois », l’attaque avait mis en évidence l’affirmation des mouvements séparatistes Ouïghours. La Cour populaire suprême a annoncé que les trois hommes ont été reconnus coupables d’homicides volontaires et d’actes terroristes, décision rapidement dénoncée par le porte parole du Congrès mondial ouïghour en raison d’un procès jugé plus qu’expéditif.

Les Ouïghours, musulmans turquophones, vivent principalement dans la région autonome de l’Ouest, le Xijiang, région subissant de plus en plus l’influence de Hans, l’ethnie majoritaire en Chine. Les sentiments nationalistes reposent sur l’appartenance historique au Turkestan, dont le Xinjiang est l’une des composantes, province conquise au XVIe siècle sous la dynastie mongole Qing puis annexée, jusqu’à faire partie intégrante de la République populaire de Chine. L’affirmation de l’identité ouïghoure est beaucoup plus complexe qu’il n’y parait et ne se limite pas à un conflit ethnique ou religieux contre les Hans. Elle émerge principalement en raison de la politique de «minorité nationale» mise en place par la Chine. Aujourd’hui, nombre d’Ouïghours se sentent en effet dominés voire colonisés. L’Islam semble être l’objet d’inquiétudes croissantes de la part de Pékin au même titre que toutes les religions. Les persécutions de plus en plus manifeste à l’encontre des Ouïghours ressemblent finalement à celles que subissent les nationalistes tibétains.

Sous l’ère de la Chine Maoïste ou de l’URSS, les indépendantistes ouïghours ne présentaient pas une véritable menace. En revanche, force est de constater que les actes terroristes se multiplient. Les moyens jusqu’à alors employés restaient plutôt rudimentaires : armes blanches, bombes artisanales, véhicules piégés. Toutefois, les méthodes semblent se perfectionner. Certains de ces militants ont pu bénéficier d’un entrainement militaire auprès des Talibans en Afghanistan et au Pakistan, leur permettant de se revendiquer ouvertement de la mouvance djihadiste internationale.

Peu avant l’attaque du 1er mars, la Chine avait déjà dû faire face à plusieurs provocations. Le 22 mai 2014, deux voitures piégées causent la mort de 30 personnes sur une place animée d’Urumqi. Fin avril, la ville est à nouveau la cible d’une attaque, cette fois-ci sous la forme d’un attentat suicide dans une gare. L’attaque est rapidement revendiquée par le Parti islamiste du Turkestan (TIP). Enfin, l’attentat place Tian’anmen en octobre interpelle la commuté internationale. Pourtant, les attaques au Yunnan, attribuées en partie aux militants du Mouvement islamique du Turkestan oriental (ETIM) par les autorités chinoises, n’ont pas pu clairement être rattachées à l’agitation au sein de la province du Xinjiang. Reste à donc à savoir s’il s’agit là d’une structure centralisée et bien organisée, ou de l’action de différentes cellules plus ou moins indépendantes.

L’intensification des attentats laisse craindre que le Pakistan devienne un foyer du radicalisme islamique en Chine. En effet le Waziristan du Nord, région tribale, est un incubateur idéal. Durant les échanges militaires sino-pakistanais de l’année 2014, la Chine plaide ouvertement pour le renforcement des mesures à l’encontre du MITO, le Mouvement islamique du Turkestan oriental, considéré par les Nations unies comme une organisation terroriste depuis 2002. Tout comme Washington, Pékin expérimente la difficulté de collaborer avec le Pakistan en matière de terrorisme.

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Une réponse à “Condamnation de terroristes ouïgours: la Chine face au terrorisme de masse

  1. En lien avec cet article, je vous conseille le documentaire « Ouighours: prisonniers de l’absurde » de Patricio Henriquez (2014) (sorti au Québec, mais pour la France je ne sais pas). On y explique pas mal de choses sur la manipulation de la part de Pékin et Washington pour créer une image terroriste des Ouighours. On comprend aussi pourquoi ils sont considérés depuis 2002 par les Nations Unies comme une organisation terroriste: une histoire d’intérets pour les États, comme d’habitude.

    Sinon, belle initiative ce blog! Continuez!

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